Mystère, angoisse et suspicion

Publié le par Monsieur Klein

L’extrait analysé se situe au début du film. Robert Klein décide d’enquêter lui-même après la réception à son domicile d’un journal d’Information Juives qu’il ne s’explique pas. La scène dure un peu moins de 6 minutes (de l’appel téléphonique dans un café à M. Klein attablé chez lui, avec sa maîtresse).

Tout d’abord, on retrouve dans cette séquence de nombreux éléments (à la fois visuels et sonores), rappelant l’occupation de la France en 1942 :


Dans le café et à la préfecture de police, on peut apercevoir des portraits du Maréchal Pétain, allusion directe au Régime de Vichy.

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Le caractère antisémite du régime de Vichy est rendu évident lorsque Klein sort du café et que la caméra se déplace, laissant apercevoir sur la porte un écriteau interdisant l’entrée aux Juifs. En effet, à partir de 1942, les Juifs ne pouvaient plus fréquenter les établissements publics.


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On comprend également que la ville craint des bombardements. Alors que Mr. Klein est dans a chambre avec sa maîtresse, on entend distinctement les sirènes qui donnaient l’alerte en cas de risque de bombardement.

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Tout au long l’extrait, le réalisateur cherche à instaurer une atmosphère de doute, d’inquiétude et de suspicion, et ce par une série de moyens :

La scène du café est filmée de l’extérieur et on n’entend pas le contenu de la conversion téléphonique de Klein, qui semble cependant préoccupé. Le réalisateur choisit avec soin les informations auxquelles le spectateur a accès, accentuant l’incertitude. En revanche, on entend les bruits de la rue, et notamment un crieur qui vend un journal de propagande :  « demandez, lisez la Gerbe, le journal de la France nouvelle ». 

Le dialogue entre M. Klein et le directeur de la publication juive est emprunt de tension. Les répliques sont ponctuées par de nombreux silences maladroits et l’allusion malencontreuse de M. Klein, qui évoque « d’une mauvaise plaisanterie » établissent un sentiment de malaise. D’autant que la réponse de son interlocuteur, est d’une répartie cinglante. C’est par ailleurs la directeur de la publication qui suggère l’idée que « l’un des amis » de Klein l’ait abonné. L’emploi pour le moins ironique du terme « ami » et l’évocation du rôle d’une tierce personne dans cette affaire ne sont pas rassurants.

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De même, l’attitude du commissaire de la préfecture renforce le sentiment d’incertitude et de malaise. Tout d’abord,  le titre froid et bureaucratique de « commissaire général aux questions juives » est lourd de sens (allusion à l’obligation pour les Juifs de se déclarer dès octobre 1940 aux autorités. Le Commissariat général aux questions juives était chargé de faire appliquer la politique antisémite du gouvernement de Vichy à l’égard des Juifs de France)..  De plus, en refusant de communiquer l’adresse de son homonyme puis en prenant le soin de faire répéter l’adresse de M. Klein, on sent que la méfiance règne. Klein, qui hésite un instant avant de répéter son adresse, se trouve ainsi « fiché » à son tour. Le commissaire dispose en effet de véritables fiches, gardées en sécurité et ramenées en lieu sur par un officier après consultation. L’attitude absente et condescendante du commissaire participe également à renforcer la suspicion du spectateur, alors que Klein semble vouloir s’auto persuader que l’affaire n’a pas d’importance pour la police.  Ainsi, alors qu’il veut au départ éclaircir une affaire qui n’a rien d’exceptionnel dans un premier temps, celle-ci devient de plus en plus inquiétante. Klein apparait de plus en plus seul.

De manière générale, le jeu fin des acteurs et l’utilisation efficace des dialogues instaurent une pesante atmosphère de suspicion.

A la fin de l’extrait, un plan de quelques secondes présente une mystérieuse réunion. Des plans du même type reviennent ensuite de manière récurrente mais toujours furtives et accompagnés de la même musique. Derrière la table de réunion, on aperçoit un plan de Paris. La séquence fait en réalité écho à la préparation par les autorités françaises de la tragiquement célèbre Rafle du Vel d’Hiv (juillet 1942).

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